Grégoire Fabvre Arts Plastiques

ARTS PLASTIQUES

 

Parallèlement à mon travail de cinéaste, j’expérimente à l’occasion d’exposition d’art contemporain d’autres formes artistiques en produisant des sculptures, dessins, installations vidéos.

Les longs métrages documentaires jalonnent mon parcours depuis 15 ans comme autant d’expériences de vie indélébiles. Nécessitant plusieurs années de travail chaque film est le prolongement du précédent. Ils s’inscrivent dans une démarche linéaire sur le long terme et constituent au final un corpus cohérent.

Réaliser de manière ponctuelle des œuvres plastiques volontairement hétéroclites me permet de rompre avec le processus long et progressif qui caractérise ma démarche documentaire. Et de faire ainsi, comme le préconisaient Cocteau et Stravinsky, « injure aux habitudes ».

L’expérimentation des formes liées à ces différents médiums est pour moi importante.Elle me permet de traduire autrement le regard, par nature complexe, que je porte sur le monde. D’en montrer certains aspects qui ne trouvent pas leur place dans le cadre du sujet, bien précis, d’un documentaire ou qui même ne sont pas compatibles avec la forme d’un film.

Pour autant, arts plastiques et cinéma sont intimement liées dans l’engagement artistique qui est le mien. Mes sculptures, dessins, vidéos, se nourrissent largement des voyages et expériences vécues à l’occasion de tournages, et la manière empirique dont je mène à bien mes projets de film est plus proche du travail d’un plasticien que de celui d’un reporter télé par exemple. Habitées par les mêmes préoccupations artistiques et réflexions philosophiques, ces deux pratiques répondent au final à mon désir de raconter des histoires.

Je retrouve dans la fabrication de sculptures ou de dessins le plaisir des premières impulsions créatrices, ces gestes instinctifs de l’enfance : toucher, gribouiller, gratter, creuser, manipuler, coller, gommer, composer, colorier,…

Le travail de la matière, des matières, me permet de rompre avec l’aspect virtuel du montage cinématographique à l’ordinateur; créer des objets qui existeront physiquement dans l’espace et qui, peut-être, perdureront dans le temps, contraste avec le caractère éphémère des projections.

 

Mais, au-delà du plaisir pris à élaborer ces œuvres, ce qui surtout me passionne, c’est que le contexte des expositions auxquelles elles sont destinées implique une approche créatrice différente.

Dans l’espace clos de la salle de cinéma, l’auteur détermine le parcours des spectateurs en leur imposant un continuum linéaire, chronologique, d’images et de sons. Lors d’une exposition d’art, les spectateurs peuvent au contraire naviguer librement dans l’espace, poser leurs regards comme ils le souhaitent, le temps qu’ils le souhaitent et s’ils le souhaitent, sur les œuvres présentées.

Ces réflexions m’ont amené à considérer la fragmentation du réel (tout autant sinon plus que sa représentation) comme point de départ à mon travail plastique.

Dans cette recherche, la relation s’établit avec le spectateur à travers une narration éclatée jouant sur une fragmentation puis un déploiement des formes dans l’espace d’exposition.

Si cette approche en quelque sorte « cubiste » du monde me convient tant, c’est qu’elle me permet, dans ma vision du monde complexe, de traduire autrement mes préoccupations personnelles, mes sensations, mes émotions, mes souvenirs, mes humeurs variables selon les jours, les saisons. Et d’aborder tout cela avec plus de distanciation, parfois de manière poétique, parfois en maniant l’humour ou l’ironie.

J’aime raconter des histoires à partir de fragments isolés (qui racontent eux-mêmes une histoire), et laisser aux spectateurs le soin de les agencer comme ils le souhaitent, de se construire leur propre histoire librement.