Grégoire Fabvre Cinéma Documentaire

CINEMA DOCUMENTAIRE

 

En commençant mes études à l’E.S.A.V de Toulouse en 1999 j’avais pour objectif de réaliser des films de fiction. A cette époque, j’écrivais de nombreux scénarios de courts ou moyens métrages. Chaque jour je notais des idées de saynètes, de personnages, des ébauches de dialogues. Je recensais les lieux intéressants pour y tourner des séquences. Je m’imaginais le tournage.

Mais ces idées, bonnes ou mauvaises, restaient toujours dans les tiroirs. Finalement, d’avoir construit un film dans ma tête, me suffisait. Une fois « rêvés », je ne sentais plus la nécessité de réaliser ces films en enclenchant la mécanique lourde d’un tournage (planning, casting, budget, techniciens, etc…). Et surtout, une insatisfaction profonde accompagnait chacune de mes tentatives d’écriture de scénarios : ceux-ci me semblaient toujours anecdotiques, insignifiants face aux problématiques du monde réel et la multitude des histoires humaines « vraies».

Alors je me suis rendu compte que ce qui m’importait le plus était de m’inscrire, caméra en main, dans les réalités qui m’entouraient; d’interagir physiquement avec le réel plutôt que de le recomposer de manière fictionnelle ; à travers la pratique du cinéma, d’entreprendre un parcours de vie, de voyager, de faire des rencontres ; de découvrir le monde et d’en formuler à l’écran ma vision personnelle, ma sensibilité ; d’atteindre un forme de vérité qui me semblait incompatible avec une formulation par la fiction. Mon désir de création passait par le cinéma documentaire.

« Autour du Taureau »

 

En 2001, ma première réalisation personnelle fut: « Autour du taureau » (DV, 54 min.) sur la Féria de Pentecôte à Nîmes. A l’époque, c’est ma passion naissante pour la tauromachie ainsi que mon éloignement géographique (tout relatif) du Languedoc, ma région d’origine, qui me poussèrent, comme une évidence, à réaliser ce projet.

Dans cet univers familier, décrire caméra en main un parcours sensible était pour moi plus important qu’un traitement explicatif du sujet ou, plus encore, que d’attiser le débat « pour ou contre la corrida». Inspirée par le cinéaste Johan Van der Keuken, mon idée était, depuis une tienta à Saint Martin de Crau jusqu’au découpage d’un taureau brave aux abattoirs de Nîmes, de décrire des cercles concentriques autour des arènes et, simplement, de filmer les ambiances, les visages, les gestes, d’enregistrer les voix. Capter ainsi l’univers humain qui gravite autour de cette seule présence du taureau en temps de féria.

Malgré ses défauts, ce premier film posait les bases de ma démarche documentaire actuelle : caméra à la main, seulement accompagné d’un preneur de son (afin de permettre une grande mobilité), sans story-board, sans voix-off ni musique ajoutée, afin de préserver et d’affirmer la relation directe, spontanée, avec le réel. De s’y impliquer physiquement en laissant une place prépondérante au hasard des rencontres et des situations.

 

« Autour du Taureau »

(2001 / documentaire / DV  / 54 min.)

Prise de vue, montage, mixage
Grégoire Fabvre

Prise de son
Benoît Godin

 

←(Voir le teaser - 2 min.)

« Périphérie»

 

A la fin de mes études en 2006, je réalisais « Périphérie », un film documentaire de 56 minutes sur les favelas de Fortaleza, Brésil. Accompagné de Simon Auffret à la prise de son, ce tournage peut s’apparenter à un jeu de piste, caméra en main, en périphérie de la ville. Pendant trois mois, nous allions de favelas en favelas, sans scénario préétabli. Pour seul canevas, je gribouillais juste quelques notes, croquis, frises chronologiques, au jour le jour, afin de structurer le film et trouver un fil conducteur à notre parcours physique.

La grande mobilité de ce dispositif et cette manière de construire progressivement un film, inspirée par « l’improvisation structurée » propre à la musique Jazz, devait permettre la « prise de risque artistique » et, surtout, laisser entièrement place au hasard des rencontres et des amitiés naissantes. Tout autant que le « traitement du sujet », je souhaitais inscrire dans la forme même du film (au tournage puis au montage), le caractère aléatoire de notre parcours. En rendant visible à l’écran cette « errance volontaire en périphérie de la ville», je souhaitais affirmer l’idée que « caméra en main, on ne peut pas tout voir, tout comprendre, tout filmer ».

C’est en construisant une relation dans la durée avec les habitants des favelas, en leur donnant la parole, et en affirmant mon point de vue uniquement à travers la matière audio-visuelle captée sur place que j’ai construit le sens de ce film. Afin de ne pas tomber dans le misérabilisme, le voyeurisme ou le sentimentalisme facile ; afin de ne pas me retrouver, à travers le film finalisé, à expliquer aux brésiliens pauvres eux-mêmes comment ils vivent. L’important était pour moi de montrer plus que de démontrer, de laisser aux habitants des favelas le soin de nous raconter leurs histoires, et aux spectateurs eux-mêmes de se raconter la leur.

 

« Périphérie»

(2006 / Documentaire / Hdv / 56 min.)

Prise de vue, montage:
Grégoire Fabvre

Prise de son, mixage:
Simon Auffret

 

(Voir le film complet - 56 min.)

« Passara»

 

En 2008, suite à de nombreux séjours au Portugal, j’ai découvert avec émerveillement le village de Barrancos, enclave de 2000 âmes située à la frontière entre l’Alentejo et l’Estrémadure espagnole.

Isolé dans les montagnes, Barrancos fut dès son origine peuplée d’autant d'Espagnols que de Portugais. On y parle un dialecte atypique qui mélange les deux langues, le « barranquenho », et chaque année des corridas avec mise à mort du taureau s’y déroulent - fait unique au Portugal. Au cours du XXe siècle, les barranquenhos résistèrent activement aux dictatures de Salazar et Franco : à travers la contrebande , en cachant les républicains pourchassés et en préservant sa culture taurine singulière. Malgré sa situation géographique et son histoire politique les habitants ne s'enfermèrent jamais dans un communautarisme identitaire. Bien au contraire, Barrancos est un modèle de résistance pacifique et d'ouverture sur le monde dont sa fête des taureaux est véritablement le symbole.

Pour réaliser « Passara » mon preneur de son (Christophe Siutat) et moi-même nous sommes rendus à Barrancos lors de ses fêtes du mois d’aout 2009 et 2010. Si dans mes précédents films le parcours personnel, caméra en main, prédominait sur le traitement exhaustif du sujet, la passionnante problématique taurine de Barrancos liée à son historique sociale et politique m’ont obligé à expérimenter de nouvelles formes d’écriture audiovisuelle. En effet, tout en restant fidèle à ma conception du cinéma documentaire, il m’a été nécessaire de fournir au spectateur de nombreux éléments de compréhension sur l’identité Barranquenha : ses origines, son histoire politique, sa double culture, ses aventures humaines...

C’est par une approche plus délibérément ethnologique que j’ai essayé de restituer l’atmosphère de Barrancos lors de sa fête et, à travers la figure tutélaire du taureau, de proposer une réflexion plus vaste sur nos sociétés contemporaines. Comment les Barranquenos, en préservant cette fête anachronique, résistent à la menace de standardisation culturelle et comment, de par leur générosité et ouverture sur le monde, ils proposent une alternative puissante et positive aux replis dérives identitaires communautaristes. A travers la corrida, c’est bien la permanence des rites qui est le sujet de ce film.

 « Passara»

(2011/ Documentaire / Hdv /86 min.)

Prise de vue, montage, mixage
Grégoire Fabvre

Prise de son
Christophe Siutat

Le dvd du film est en vente ici : Éditions Atelier Baie

 

(Voir l'extrait - 2 min.)